LECTURES

Un petit tour dans ma bibliothèque parmi mes livres préférés, les pages que j'adore, des curiosités, des introuvables et pourquoi pas de temps en temps, des pages que je déteste.

 LIMONOV  

Ma lecture de cet été 2016.
J'aime les livres d'Emmanuel Carrère depuis que j'ai dévoré la Moustache un été en Corée du Sud. Depuis L'Adversaire, il suit un chemin ténu entre autobiographie et documentaire. J'avais beaucoup aimé un Roman Russe, je n'avais pas accroché à son Royaume, peut-être parce qu'il me manquait celui-ci, publié entre les deux. Cette pseudo-biographie de l'espèce d'aventurier moderne qu'est Limonov lui permet de dresser le portrait de la Russie contemporaine, et plus largement du monde contemporain. Ça m'a fait le même effet que l'avocat de la terreur, le film de Barbet Schroeder sur Jacques Vergès. Le genre d’œuvre qui me donne la sensation d'assembler d'un seul coup les pièces d'un puzzle dispersé dans ma tête.



 COUILLES DE TAUREAU 

Une bande dessinée allemande de Ralf König, qui m'a fait beaucoup rire.
Je découvre Ralf König en ce moment, et j'aime beaucoup ses histoires longues, surtout celles avec Konrad et Paul, couple homo au long court, dans lequel Konrad est l'intello et Paul le bad boy obsédé sexuel.
Ici Paul est raide dingue d'un maçon espagnol super canon, malheureusement hétéro, tandis que Konrad tombe amoureux de son jeune élève de piano, qui a une mère très possessive. Gare au vaudeville !
C'est marrant, attachant, parfois porno, bien senti, bien écrit, le dessin fait penser à du Brétécher en plus crado, franchement, je crois que je vais m'acheter l'intégrale pour Noël.




 350 CHANSONS ANCIENNES 

Une fois n'est pas coutume, voici un petit livre que je viens juste d'acheter dans un vide-grenier.
Et si j'ai très envie d'en parler c'est pour la qualité de l'édition.
Voici un recueil de chansons traditionnelles françaises format 16x12 à l'italienne, qui date des années 70, mais c'est sans doute une réédition. la couverture, en trois tons (rouge, vert et bleu), est très jolie, et l'intérieur est composé de façon très simple, avec de petites illustrations, imprimé en noir sur un papier bouffant un peu jauni. J'aimerais bien trouver le nom de l'illustrateur.
Il y a "voici le moi de mai où les fleurs volent au vent", "Perrine était servante", "Dans les prisons de Nantes", avec partition et tout. Le livre commence par les 20 "conseils du chanteur anonyme", quelques extraits :
1/ D'abord si on te demande de chanter, ne te fais pas prier, c'est impoli et c'est vieux genre
2/ Si tu n'as pas une très belle voix, chante quand même. Si tu t'appliques à bien chanter, ce sera mieux que les plus beaux ténors qui, parfois, poussent leur chant sans s'en donner la peine.
(...)
12/ Pour les chansons connues, demande que tous reprennent au refrain. On ne donne pas en solo ce que tout le monde sait.
etc. etc.
C'est édité par "les éditions ouvrières", Paris 13e.












 LA BANDE DESSINÉE CHINOISE 

Une curiosité parue dans le Super Pilote Pocket n°2 (octobre 1968). Ces pages ne sont pas signées, mais le scénario ressemble fortement à du Goscinny : mise en miroir, jeu sur les clichés, et conclusion à la "Dingodossiers". Je suis incapable de reconnaître le dessin, pas très habile par ailleurs. Ce dessinateur est présent dans d'autres Pilote Pocket, mais ne signe jamais. Est-ce que ça pourrait être Goscinny lui-même faisant du remplissage ? Cette histoire m'a beaucoup fait rire quand je l'ai découverte, même si elle se finit un peu abruptement et qu'on pourrait encore aller plus loin sur le même thème.


 LE DESTIN DE MONIQUE  


Le livre de Claire Brétécher que je préfère.
C'est une longue histoire à rebondissements, dans laquelle l'actrice Brigitte Sevruga a recours à la fécondation in vitro. Le dessin de Brétécher est à son meilleur, et les dialogues sont excellents. J'aime beaucoup comment elle fait parler Candida, la bonne portugaise, et sa fille. Les personnages sont très bien sentis, et même si les bébés-éprouvettes ne sont plus aussi présents dans l'actualité, je me marre toujours autant en le lisant.
Édité par l'auteure en noir et blanc dans les années 80, il a été réédité en couleurs chez Dargaud sous le titre "Une saga génétique". Drôle d'idée.



 MONSIEUR LAMBERT 
 suivi de L'ASCENSION SOCIALE DE MONSIEUR LAMBERT 


Je sais pas vous mais moi je préfère Sempé quand il raconte des histoires. J'aime beaucoup Marcellin Caillou, et les histoires courtes publiées dans Rien n'est simple et Tout se complique. Son trait est d'une élégance folle, mais je suis moins amateur de ses dessins d'humour. Paradoxal : Sempé ne veut pas être considéré comme un auteur de bande dessinée, pourtant c'est là qu'il est le meilleur. 
J'ai découvert L'Ascension sociale en épisodes dans Charlie Mensuel, et à l'époque je n'y comprenais pas grand chose : qui raconte l'histoire ? Pourquoi ne voit-on (presque) que l'intérieur de ce café parisien alors que l'action se déroule ailleurs ? Depuis que j'ai acquis ce livre et enfin tout lu d'un seul trait, je le considère comme un chef-d'oeuvre. Ici le principe de la relation texte-image est particulièrement subtil et le propos est acerbe, je dirais même désenchanté.
Pourquoi n'a-t-il pas continué dans cette veine-là ? L'ouvrage a-t-il été un échec commercial ? S'est-il fâché avec Wolinski car il ne lui avait pas payé ses pages ? Considère-t-il ce travail comme insurpassable ? Mystère. Si j'étais Monsieur Denoël, j'obligerais par contrat Sempé à ne plus produire que des livres aussi bons que celui-ci.


 LE SENS DE LA VIE ET SES FRÈRES 

Le seul recueil de bandes dessinées du mystérieux Éric Veillé.
Des histoires en une ou deux pages, dessinées en tout petit, et dans une langue qui est du français, mais euh pas tout à fait pareil.
Je garde ce livre près de moi, car de temps en temps je l'ouvre au hasard, je lis, et c'est comme si je venais de goûter une pâtisserie exotique, avec des saveurs que je n'arrive pas à identifier mais c'est quand même beaucoup de plaisir. Mieux qu'un régime.
Dans ma tête je l'associe à "la chasse au Snark" de Lewis Carroll, pourtant ça n'y ressemble pas.
J'aimerais bien qu'Éric Veillé fasse d'autres bandes dessinées, et en même temps, ce livre-ci est tellement nourrissant que si j'en lisais un autre je ferais sans doute une overdose.


 DIARY OF A MISCREANT 

À l'occasion des 20 ans de la Fanzinothèque en 2009, Cécile (la directrice) m'a mis dans les mains "Morgenmuffel", le fanzine d'une anglaise nommée Isy Schultz, activiste anarchiste et féministe, qui vit dans un centre social autogéré, pratique le self-defense, prépare de la cuisine vegan pour des festivals de musique hardcore, participe à des manifs un peu partout dans le monde, et et et raconte tout ça en bande dessinée. Les éditions Last Hours en ont édité un recueil, au titre évocateur ("journal d'une mécréante"). 
Au début c'est lapidaire, pas très détaillé, mal raconté, et puis au fur et à mesure, elle se confie davantage, soigne son écriture, et ça prend de l'épaisseur. Ca n'est vraiment pas bien dessiné, et à la fois maniéré, comme si elle n'avait jamais lu que Tintin ou Alix, mais qu'importe, on sent l'envie de raconter, d'exprimer des idées, et sa vie est suffisamment trépidante et joyeuse pour qu'on ne s'embête pas. J'ai particulièrement aimé le passage sur son voyage en Corée du Sud (la mère d'Isy est coréenne et son père allemand). 
Depuis, Isy Schultz a sorti peu de fanzines, moins d'un par an, mais elle continue. Elle pratique à présent le roller derby.





 



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire